Move in!

Presqu’un mois sur le sol français et l’impression de s’adapter à du déjà connu mais oublié.

Les garçons de café: dansant la valse des chaleurs de juillet, en tourbillon agile au milieu du tout Paris en pause café pour l’éternité. Ou bien recroquevillés dans les volutes d’une cigarette trop vite fumée.

Le second degré: enfin quand je fais des sarcasmes, on rit de bon coeur au lieu de cette tête suspicieuse digne de la chasse aux sorcières de Mac Carthy.

Les glaçons: j’aimerai quand je tend le bras vers le frigo avec mon verre d’eau, la porte se mette à faire des glaçons. Il manque le mot américain derrière frigo.

L’amabilité: cela va devenir un théorème, tout être qui s’adresse à un français avec une tonalité et un vocabulaire de gentil américain, reçoit en retour une réponse aimable même si l’interlocuteur est français. Le mythe du français désagréable serait-il en train de s’effriter? Enquête à suivre.

L’évier de la belle-mère bouché: à force de jeter riz, thé et épluchures, je me suis souvenue devant les borborygmes de la bête qu’il n’était pas américain et que par conséquent il n’avait pas de broyeur.

La nourriture: je me sens aussi légère que Tournesol dans la vieille pub de Lesieur. Le saucisson se fait doux, le fromage puant fond dans la bouche. Hier après m’être envoyé dans le gosier douze escargots et une omelette, je n’ai pas passé la nuit à digérer. Je suis en passe de ne plus être une baleine échouée sous le poids des additifs alimentaires.

Les barbies: en voie de disparition, elles vont presque finir par me manquer. Barbie sport, Barbie maman dévouée, Barbie glamour (ou supposée) se sont évanouies dans le paysage et laissent leur place à des sosies plus ou moins réussis d’Inès de La Fressange. La mom fingers in the nose: exit les tenues de combat pour aller au square, les enfants suivent naturellement au marché et réclament des fruits. Deux ans que je n’ai pas vu une telle scène. Réalisée sans trucages.

La rencontre: il va falloir que je m’y fasse, les français ne rentrent pas facilement dans une discussion quand ils s’ennuient. Ils s’ennuient admirablement bien avec eux-mêmes. Je me tourne et me retourne comme une poule en manque de maïs. En France on n’engage pas la conversation, on se détaille de haut en bas. Rasant.

Les mots: me viennent encore en anglais, s’entendre avec une personne est encore une connexion et il m’est difficile de raconter des expériences américaines sans partir en anglais. Je m’arrête dans mon histoire et dans ma tête, une petite voix se demande qui sont ces gens qui ne connaissent qu’une seule langue. Note à moi-même, ne pas confondre visionnaire et voyeuriste.

Le pied: marcher et ne plus rien faire ou presqu’en voiture. Conquérir le Bon Marché ou explorer une montagne, je marche avec bonheur et courbatures. Apprendre à nouveau à marcher, c’est le pied.

Les enfants: ont été expédiés poster une lettre. Cela a engendré une énorme panique: sur le point d’attendre sur le pas de la porte le facteur pour lui tendre la lettre, il a fallu leur expliquer une évidence pour moi, en France on poste ses lettres dans une boite jaune et pour cela il faut se balader dans son quartier à la recherche de la bête rare, regarder le département dans lequel on veut poster et glisser la précieuse missive.

Ce moment où j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à renter, que sept enfants revenaient au pays dont ils ont tout oublié ou dont ils ne se souviennent pas puisque leurs premiers souvenirs sont américains. Une étrange sensation.

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