wild life

L’Américain vit dans un monde merveilleux  hors du temps et de l’espace des autres. Il n’y a pas de microbes dans sa vie.

Ne pas se laver les mains en sortant des toilettes est considéré comme une faute professionnelle. C’est d’ailleurs une petite jouissance personnelle de s’arrêter sur l’autoroute dans des toilettes presque plus propres que chez soi. Presque quand même.

Les enfants à l’école passent leur vie à tripoter le désinfectant anti bactéries. Les savons scolaires étalent leur rentabilité sur plusieurs années. Mes propres enfants raffolent de sanitizers à la pomme, à la fraise, à la lavande, ce qui me laisse toujours dubitative. De vertus du bon vieux savon de Marseille, mon copain d’enfance.

Les jardins sont aseptisés aussi. Comme je l’avais écrit déjà l’an dernier, les Américains forment le club le plus large de monsieurs Tatillon. S’ils pouvaient repasser chaque brin d’herbe, ils le feraient. Et ces jardins merveilleux se gardent de tout visiteur: un enfant bien élevé et bien américain laisse le jardin encore plus impeccable que s’il y avait mis les pieds. Si un Américain dit qu’il est outodoor activities il faut comprendre parcs municipaux et lèche-vitrine.

La voiture est lavée tous les weekends.

L’eau est toujours servie glacée pour que les bactéries se tuent dans le froid. Moue de dégoût d’un Américain à la vue de l’eau plate dans un bistrot parisien.

La température de la maison se donne les moyens de vivre hors saison: pas une maison même au fin fond des Appalaches sans climatisation. Un jour j’ai entendu un Américain à Paris se plaindre que ces vieux appartements manquaient de modernité parce qu’en été il fallait dormir fenêtre ouvertes.

Au moindre bobo un petit antibiotique sort de derrière les fagots. C’est magique.

On tousse dans son coude. Oui parce que si on ne se désinfecte pas les mains en cet instant précis, il est prévu un 6 juin 44 du microbe.

Et puis il y a nos amis les bêtes.

Des alligators en liberté sur un terrain de golf. Une NewYorkaise embrassant ses chiens sur la gueule. Un chien à qui on demande son avis avant d’acheter la maison. Les écureuils qui bouffent tout. Même la tomate que j’avais réussi à faire pousser.

Ecrasés sur la route en plus des écureuils: un raton-laveur dépressif qui faisait barrage à la circulation, un renard l’œil encore brillant qui cherchait à se faire fourrure, un chevreuil pour la viande du midi. Le tout pourrit sous un soleil de plomb et une humidité tropicale. Les viscères scintillent dans la lumière du jour.

Il y a aussi les ours qui guettent le frai touriste. On a d’ailleurs attrapé un ours la semaine dernière qui errait dans la cour d’une école pas loin de la maison.

Le héron bleu à l’œil inquisiteur sous mes fenêtres des vacances. Mon picidé américain qui fait des trous bien ronds mais si bruyants que tous les matins il me semble que le voisin a acheté un marteau-piqueur. Des chevreuils qu’on caresse loin de toute savonnette pour la plus grande joie de tous.

Tout cela enchante le gentil américain. La nature sauvage reprend ses droits. Comme si l’homme western noyé dans sa désinfection intense retrouvait un esprit de liberté à laisser la faune s’exprimer. On prend un œil attendri. On gémit de tendresse. Personne n’a dit que c’était sale. Of course. Si peu dans son jardin, si peu en ballades mais à genoux devant la moindre bête. Tellement dans leurs maisons toutes fenêtres fermées à la moindre chaleur mais tellement de bêtes sauvages autour d’eux

Je me suis retrouvée deux fois dans un curieux embouteillage. En toute dignité les oies sauvages traversent la route avec tous leurs petits. Sous le regard de nos Disney attendris qui à ce moment précis se sont souvenus du charme d’un monde qui ne se maîtrise pas.

Thanks God.

oies_sauvages

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4 réponses à “wild life

  1. les canards sont tellement mignons !
    Ils me font penser à cette cane qui a traversé l’autoroute à l’entrée de Strasbourg aux heures de pointe, suivie par ses cinq canetons. Ils ne sont pas arrivés…

  2. Elles traversent aussi la route à Ottawa. On s’arrête, on est polis au Canada 🙂

    Ce qui me frappe souvent chez les Nord Américains « WASP » (je ne retrouve pas ça chez les personnes d’origine étrangère de 1ere ou de 2e génération) c’est la phobie d’être touché. Je trouve ça bizarre. Les gens ne sont pas sale, le contact d’une peau à une autre c’est normal, non?

  3. Ici en France j’ai déjà croisé des lapins et c’est tout. C’est quand même étrange cette façon de vouloir tout aseptiser ; il faudrait trouver la juste mesure

  4. « On a d’ailleurs attrapé un ours la semaine dernière qui errait dans la cour d’une école pas loin de la maison. » Je rêve, j’hallucine !!!
    Je me rappelle d’une amie canadienne qui me trouvait sale parce que en rentrant de la plage le soir, je filais sous la douche ET ne mettais pas de déo (uniquement le matin)… alors qu’elle…. se tartinait les aisselles de déo crème sans jamais passer sous la douche !
    Un océan nous sépare…

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