baby drive my car

comment j’ai vécu Pâques plusieurs fois et je me suis crue morte puis retournée à la vie.

J’ai l’unique chance de vivre dans un des trois Etats les pires des US en ce qui concerne la conduite. Il m’a semblé ici important de publier un petit guide à l’usage de ceux qui veulent tester l’exotisme des coutumes locales.

Commencer par des courbettes.
La règle du stop est à l’image des US: le premier qui arrive est prioritaire. Ca marche très bien quand il n’y a personne. (À signaler à tout hasard: il m’est arrivé une fois de marquer seule au monde mon stop, une demi-seconde plus tard, un genre de molosse ou bolide américain ayant avalé trois boissons énergisantes, me passe devant à vitesse d’autoroute. Il avait oublié le sien.) Mais quand il y a de la circulation, cela donne 4 voitures aux 4 stops des 4 routes en même temps. Commence alors un petit dialogue de sourds-muets, chacun se fait des sourires, petits gestes de la main, hochements de tête à l’asiatique avec un air compassé. Quand on a grandi comme moi à Paris, c’est à devenir fou. La petite cerise sur le gâteau c’est ce vieux monsieur du Sud qui pousse la galanterie à laisser passer la Française d’un petit geste, après vous s’il en reste.  

Surtout conduire lentement.
Les vitesses autorisées sont déjà les plus basses au monde mais l’Américain lui, est un homme très prudent et en même temps libre dans sa tête, ce qui lui autorise un petit coup d’accélérateur pour la prouesse. Il double la Française avec rage et puissance et après s’être rabattu, freine et roule à 45 kilomètres heure sur une départementale qui ondule sur 20 kilomètres sans possibilité de doubler. Mettre de la musique relaxante dans ce genre de situation.

Mettre son clignotant avec modération.
Après enquête, il a été vérifié qu’on enseigne bien dans les écoles de conduites à mettre son clignotant. Pourtant il semble avoir disparu au sens propre de la circulation. Si vraiment atteint d’un remords authentiquement européen il semble essentiel de mettre le clignotant, le protocole est le suivant: freiner brutalement PUIS mettre le clignotant. Parce qu’on pense d’abord à soi puis aux autres. C’est le Far West non?

Jamais avoir ses deux mains sur le volant.
Dans un pays où toutes les voitures sont automatiques, la deuxième main fut créée ici pour toute autre chose que conduire: boire sa boisson énergisante, manger son hamburger, se brosser les cheveux ou plus communément passer un coup de fil. Ou les deux. Ou les trois à la fois. Pour les plus forts qui ont la chance d’avoir acheté la voiture de l’Inspecteur Gadget, NYPD, il est possible de se vernir les ongles (vu) ou se maquiller (vu) ou texter au volant malgré les différentes campagnes de prévention. L’Américain à un sixième sens: il sait qu’au pire s’il dévie de sa route pour rouler en face de la Française sur sa voie, elle peut toujours rouler sur l’herbe. Vécu.

Ecouter son propre désir de s’insérer.
Je me souviens de cette phrase de mon professeur de conduite (qui s’arrachait les cheveux avec moi à en devenir chauve): on s’insère de façon à se mettre en sécurité ainsi que les autres véhicules. Ici on est beaucoup plus créatif. Tel un sanglier à fond la caisse, l’Amérique s’engouffre sur les routes. Il doit m’arriver au moins une fois par mois (aveu: je conduis à une allure plus parisienne qu’américaine), de danser la lente danse de celle qui veut éviter le pire. Mes pneus crissent en une longue seconde devant l’Amérique qui en avait marre d’attendre. La semaine dernière, six fois en trois jours. Et dans mon rétroviseur que MOI JE REGARDE AVANT DE FREINER, il n’y a jamais personne derrière moi. A une minute près, l’Amérique aurait pu s’engouffrer sur le chemin du bonheur: en toute sécurité.

Créer des zigzags.
J’avais pris la charmante habitude en France de faire quelques appels de phares à ceux qui roulaient trop lentement et sur la file de gauche, genre offusquée de la discipline. En Amérique, on double par la gauche ou par la droite, sur l’autoroute ou ailleurs, avec poésie et liberté de penser la notion de danger. On ne le répètera jamais assez, c’est une conduite souple et surtout adaptable en toutes circonstances. Même un camion peut doubler à 130 kilomètres heure sur la droite. Fun?

Economiser les sandows.
L’homme américain est efficace. Une fois le travail fait, il jette tout dans son énorme pickup même que la voiture familiale ressemble subitement à la petite DS toute pourrie de Louis de Funès dans rabbi Jacob. L’homme le vrai se passe de sandows. Et avec la saison des jardiniers qui refleurissent sur les routes, on ne peut s’empêcher de s’extasier devant autant de de matériel divers et varié, tressautant avec allégresse au moindre rebondissement de la route. Pour monter au Ciel rapidement: des échelles qui tiennent toutes seules au-dessus du capot.

Voilà un nouveau pays et de nouvelles règles. La route pour tous. Du pickup flamblant blanc qui ne va jamais sur les routes de terre alors qu’il est fait pour à la camionnette retapée bois authentique, dernier cri en URSS. Bienvenue en Amérique, pote.

camionnette

 

 

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18 réponses à “baby drive my car

  1. oh la vache… ça donne pas envie… Remarque, dans ma jolie campagne, habitant à proximité de la déchetterie … ben, je remarque que les chargements divers et variés des français n’est pas mieux arrimé à la carrosserie des remorques flambant neuves… qui ne serviront guère que pour ça…

  2. vernis : fait, maquillage ! fait aussi ! lire : fait aussi
    mais dans les embouteillages.
    j’ai aussi le souvenir aux Etats-Unis d’une voiture faite de deux voitures (un demi avant + un demi arrière = une voiture entière)

  3. Les Canadiens conduisent plutôt bien, je trouve. Sauf, SAUF… quand il pleut. Trois gouttes d’eau et c’est la cata. Ce qui est drôle, vu que par contre, dans le blizzard, ils assurent!

  4. Célamérix !!! Après notre road trip, force est de constater qu’une fois de plus, t’as tout bon !
    Les croisements à 4 stop moi ça me fait flipper (suis pas Parisienne !), on sait pas trop qui y va ou pas ! Abraracourcix lui ne s’embête pas, il fonce et se fait klaxonner comme un malade !
    Chez nous, ie chez les rednecks, on a les pick up qui « dégueulent » en permanence, c’est même dangereux, ils perdent des trucs sur la route ! Sans compter les déchets qui s’envolent des bennes (qu’on devrait plutôt appeler poubelles …).
    Abraracourcix en a un aussi, de pick up, mais le sien, la boue, il connaît (limite il aurait pu avoir une amende parce qu’on ne voyait plus la carrosserie !).
    Bravo pour ce post une fois de plus ! Et pour la Résurrection t’as un peu d’avance … d’ailleurs es tu allée voir « Son of God « ? nous oui, extra ! bon j’arrête là !

    • c’est vrai qu’un ou deux fois je me suis retrouvée à freiner un peu tard derrière un pick-up avec l’échelle qui dépasse. Heu????

  5. J’ai bien pensé à ce post tout à l’heure en regardant sur Arte un reportage sur la Californie, l’Utah, le Nevada et ??? Bref, à l’approche de Los Angeles, des cinq/six voies dans un sens et la même chose dans l’autre sens. Et que vois-je ??? Des voitures qui dépassent par la droite, mais aussi par la gauche. Quant aux routes du désert, des motards bras-nus, sans casque. J’ai eu des frayeurs pour eux même si on a l’impression qu’ils n’allaient pas croiser grand-monde.

  6. Nous revenons d’une expat en Afrique, c’est quasiment la même chose (moins les stop, ni les freins 😉 . Mais après on est tout-terrain et la place de l’étoile n’a qu’à bien se tenir !

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