Me my garden and I

On vit ici au rythme du soleil humide, des alertes tornades et des tondeuses à gazon.

On ne voit personne et pourtant ça tond dur.

Et Je ne vois jamais mes voisins tondre et pourtant leur gazon est toujours tondu.

Il est somewhere dans le halo d’une migraine tropicale un personnage fort motivé à l’idée de suer sang et eau (et coca?) qui tond sa pelouse et ce bruit de batterie ne s’arrête jamais.

Je me laisse à penser que l’expression rotation des machines a sorti de ces sols superbes.

Les jardins sont certainement dans ce pays le lieu le plus rutilant du pays. Les fleurs sont polies et rares. Circonscrites à ce qu’on appelle le jardin paysager. Et qui d’ailleurs a coûté le prix d’une cuisine.

Pas une feuille morte genre j’ai essayé d’occuper mes enfants un dimanche de pluie et ils se sont rebellés. Pas une motte de terre déplacée dans un geste désordonné par un enfant qui aurait la mauvais idée de jouer dans le jardin.

Bref personne pour jeter le chaos dans cet Éden de poche.

Parce qu’il est bien là le paradoxe du jardin merveilleux, incroyable et fabuleux en Amérique: il est aussi précis que la pelouse de monsieur Tatillon qui repassait chaque matin chaque herbe de son pré carré. Mais PERSONNE ne s’y tient. Jamais.

Hier j’ai cru à l’orage quand j’ai entendu une partie de cache-cache entre grandes gigues de 15 ans chez les voisins.

J’ai manqué de m’étouffer dans mon thé (Kusmi je rassure les tempéraments sensibles) quand j’ai vu l’autre voisin s’ébrouer avec lenteur un sabre à la main, un genre de petit samouraï version bas débit qui devait méditer la quintessence transcendantale de ces jardins en colonne par un petit doigt sur la couture de leur tige.

Au rythme de ces pelouses absentes, on élit chaque mois dans notre subdivision le jardin du mois.

J’ai espionné celui qui a gagné au bout de ma rue.
Tous les soirs avec soin il enlève un par un les obstacles organiques à sa gloire. Le front penché sur la terre il va seul et soucieux: contre l’ennemi. Il asperge consciencieusement son sol de poison et de pollution afin qu’aucune mauvaise herbe aucune fleur sauvage ne vienne mettre de l’ombre sur son auréole verdoyante. Le vert de son gazon a pris des reflets fluo.

Mais la-bas au bout de sa rue, des Français chaotiques et gaulois ont troublé l’ordre jardinier.

Buvant et s’ébrouant sur leur verdure.

Dignes d’un déjeuner sur l’herbe de Manet.
(Et même en version à poil quand on voit l’habitude bien rodée de ma dernière entre le bain et la mise en pyjama, de s’échapper faire un glissade sur le toboggan avant que la brigade des mœurs de la Bible Belt ne débarque.)

Mais aussi des Français poétiques.
J’aime ces jolis gazons tout propres mais pas trop. Ils m’effraient un peu. Tout est dans la verte apparence de mener une vie impeccable. Que tout se maîtrise comme la hauteur de sa pelouse. Qu’à trop tondre on a rasé également nos pensées.

Alors je lève mon verre aux quelques pissenlits vaillants qui résistent avec moi, à la vie rangée et la prétention d’être ce qu’on est loin d’être. Parfait?

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10 réponses à “Me my garden and I

  1. Les gens ici croient beaucoup au « curb appeal », d’où leur passion pour l’entretien des pelouses. Moi ça me gonfle. On fait le minimum, tondre la pelouse de temps en temps, puis basta. J’ai d’autre priorités dans la vie 😆

  2. Je me souviens encore du commentaire d’une amie (canadienne) que j’allais visiter chez elle pour la première fois. Son mari était en train d’arracher une à une les plantes de pissenlit (avec la racine, hein), tandis que les voisins, eux, sans considération avaient une magnifique invasion de fleurs jaunes!!! J’ai eu le mauvais goût de rigoler en disant que je trouvais ça joli! 😉 (Je suis aussi 100% anti-poison)

  3. Je lis ton (tes) blog(s) depuis longtemps en sous-marin et me régale de ta plume! Tes billets d’Amérique me font souvent penser au livre « ces chers américains » de Patrick Piquier qui m’a tant faite marrer! L’as tu lu?
    (Et désolée pour le tutoiement…c’est l’effet  » sous marin de longue date »!)
    Have fun sur la pelouse!

    • Il faut absolument absolument que je lise ce livre!!!!! Merci d les réponse. Et je crois que le tutoiement est adapté, c’est la règle pour tous les sous-marins, non?!

  4. J’aime beaucoup ton texte ! Excellent ! ça me fait penser à nos amis, quartier huppé du New Jersey qui entretenaient une jolie bordure de belles » lettuce ». Quand, en manque de légume vert et friande de salade je leurs ai demandé poliment si ils pouvaient en sacrifier une, j’ai cru qu’ils allaient définitivement me renvoyer de l’autre côté de l’Atlantique !!

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