Men in black

Voici l’histoire d’une de nos ballades culturelles.

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Ouvrir un guide et visiter un truc gratuit, ici, ça relève du défi et de la fierté: parce que quand on paie, ce n’est pas le petit ticket du petit chateau de la petite campagne à côté de Papa-Maman qu’on viste histoire de dire qu’on a fait de la culture. Non, non. En Amérique le rêve américain se paie au prix fort: le ticket de Chambord sans Chambord. Et pour tout: du parc d’attraction au château de milliardaire. Tout se paie.

SAUF Kingsley Plantation en Floride.

Pourquoi visiter une plantation? Parce que ça fait Sud, on en a entendu parler dans Autant en emporte le vent, parce que ça fait penser au coton tout doux qu’on aime beaucoup parce que lavé avec adoucissant, parce qu’on a en tête la case de Tom, une musique blues et un grand chapeau de paille.

Bref le temps d’une plantation, c’est la vie d’une grande très grande maison, avec plein de gens noirs et blancs, dans leur peau ou dans leur coeur.

On connait tous l’histoire de l’esclavage, les bateaux chargés de petits et grands Africains qu’on faisait changer de Monde, de continent, mais surtout de condition. Généralement on prend un air très sérieux et on finit par dire c’était horrible, il y a toujours un débile de service pour faire une blague sur les Noirs et on a bouclé le sujet.

Sur le sol américain ils ont d’abord gagné le droit de n’être RIEN.

Kingsley Plantation a l’apparence paisible, une belle demeure au bord d’une embouchure de mer, des restes de cabanes blanchies à la chaux, deux granges majestueuses et des visiteurs silencieux, des arbres du Sud dont je ne connais pas le nom (nulle en botanique) échevèlent leurs longues feuilles jusqu’au sol poudré de soleil.

Un endroit délicieux où il fait bon vivre.

On est venu pour le culturel donc: des textes signés de la main de Kingsley développent ses théories économiques sur l’esclavage, comment reconnaitre un Nègre en bonne santé, le nombre de coups de fouets en cas d’insolence, les milliers de fleurs de coton à ramasser chaque jour pour gagner au sens propre et triste son bon de soupe.

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Dans ce lieu on se souvient que les Noirs n’ont pas connu la liberté avec l’abolition de l’esclavage, ils sont passés de l’esclavage à l’humiliation. Les exploits d’un régiment d’infanterie de Harlem en 1918 sur le sol français attiseront les jalousies des Blancs, qui en pendront 10 parfois même encore en uniforme. juste pour le plaisir. On se rappelle aussi quand on a soif, qu’on ne peut boire à la même eau dans les lieux publics, qu’on s’asseoit au fond dans le bus parce qu’on est colored. En 2013, la semaine dernière un homme dans le Texas a refusé que son bébé soit soigné à l’hopîtal par une nurse afro-américaine.

Dans cette plantation, on ne célèbre pas les grandes figures de l’histoire des Noirs, non… mais des milliers d’histoires qui se recueillent dans un cadre resplendissant.

Et voir ces descendants d’esclaves, encore pleins de cette joie et de cette foi de leurs ancêtres. Oh Happy days de ceux qui se réjouissent du peu de chaque jour.

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8 réponses à “Men in black

  1. C’est marrant, moi j’ai l’impression inverse, c’est à dire qu’en France tout se payait (et cher, comme les musées!) alors qu’au Canada y’a plein de trucs gratuits ou abordables et ouverts au public. Comme le Parlement, par exemple, qu’on peut visiter librement et gratuitement.

  2. C’est intéressant de faire le parallèle entre le Sud des Etats Unis et la Martinique…compliqué d’en parler rapidement dans un com mais ici le souvenir de l’esclavage est toujours très présent dans les têtes des descendants d’esclaves qui représentent en gros 90% de la population . Et ce n’est pas toujours simple de faire partie des 10 % ( dont 5% de blancs) restant

  3. La gratuité est aussi un concept inconnu ici, a part au Musée National pour les scolaires.
    Petit particularisme local qu’on retrouve dans d’autres pays arabes : un tarif pour les nationaux, un tarif pour les étrangers. Jusqu’à maintenant je dois prouver que je suis libanaise, parait qu’j’ai pas la tête 😉
    …puisque l’on fait dans le culturel… Aristote, « l’esclave est un objet animé ». Mes élèves comprennent tout de suite mieux le concept d’esclave.

  4. superbe cette maison!!!
    mais tout ce que tu racontes me fait penser à ce film complètement déjanté qu’est Django et qui parle de l’esclavage (des passages très durs car on sait bien que tout ceci a été vécu en vrai!!!)
    bonne semaine ma chère Diane!! ici nous sommes sous la neige!

  5. Merci encore pour ce partage, et comme écris précédemment ça me renvoie à Django vu il y a quelques semaines.

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